Avortement - Interruption de grossesse : Pour le droit au libre choix

 

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Des femmes témoignent - des hommes aussi

Je regrette que l'avortement soit si tabou

Andrée
Lors de l'IVG j’ai 27 ans, dans une relation depuis 2 mois. Je suis étudiante. J'avorte dans un hôpital parisien dans lequel je suis hospitalisée la veille.
J'aimais mon copain, j'avais envie d'être maman et j'aimais déjà ce ... (je ne sais pas comment le nommer) futur bébé. Toutefois, je n’étais pas encore convaincue de l’indéfectibilité de mes sentiments pour mon copain.
Aujourd’hui encore, je ne peux pas envisager ma vie avec un homme que je n'aimerais pas absolument... Je le vivrai comme une torture quotidienne, comme le viol de mon intégrité physique et psychologique, comme la privation de ma liberté et de toutes les opportunités de bonheur que la vie pourrait m'offrir autrement.
Le bébé justifiait notre vie en commun. J'imaginais que cette vie commune allait me détruire psychologiquement. La seule raison pour cette cohabitation destructrice était le bébé... J'en arrivais même à douter de ma capacité à aimer cet enfant dans ces conditions.
Vivre séparée du père voulait dire me séparer de mon bébé régulièrement. C'était inconcevable, j’aimais trop ce bébé. La perspective éventuelle que l’enfant soit pris dans des conflits (tus ou exprimés) d'adultes, de valeurs, d'éducation m'angoissait pour lui. Un enfant pour bien grandir doit être élevé dans l'amour, la sérénité et l'harmonie maximale, à son égard et entre les parents. Avec son père on se disputait déjà la garde de cet enfant en conception....
Mon anneau vaginal me faisait exceptionnellement mal, je l'avais retiré. Les préservatifs ne donnent aucun plaisir ni à mon partenaire, ni à moi. C'était juste pour un rapport, un seul, je me protégeais avant et je me suis protégée après. Pour être sure de ne pas tomber enceinte, j'ai pris une pilule du lendemain.
Une nuit je me réveille, je sens que quelque chose se passe dans mon corps, je sais que je suis enceinte. Pourtant c'est quasi impossible, un gynéco m'avait annoncé que j'aurais peut-être des problèmes à concevoir, et puis... une seule fois ne peut pas suffire,...et la pillule du lendemain est efficace ! Quelques jours après je veux vérifier mon ressenti : Trois tests de grossesses et tous positifs. Je suis shootée d'excitation par la nouvelle, JE suis ENCEINTE!! Incroyable ! C'est cool, je peux être enceinte, un sens est donné à ma vie, être maman... Mais je ne peux pas le garder, je ne suis pas sure d'aimer le père... J'avorte, c'est une évidence, et puis on en parle tant, ça ne doit pas être terrible! Mon copain me laisse décider.
Je vais avorter, c'est sûr.
J'appelle mes ami(e)s les plus intimes, pour les informer : je crois être enceinte mais je ne vais pas le garder. Réponses : Tu fais ce que tu veux (femme), c'est un miracle, tu devrais reconsidérer ta décision (femme); à ta place j'avorterais, c'est bénin d'avorter (homme).
Puis, la descente aux enfers va commencer. Que faire, et pourquoi la société au lieu de m'aider me maltraite-t-elle?
- LE CRICUIT MEDICALISÉ DE L'AVORTEMENT : un mépris des femmes et de la loi sur l'IVG.
1er RV chez le gyneco, BB a 1 semaine. Le gynéco ne voit rien sauf les trois tests de grossesse positifs. Je lui dis que je veux avorter, le bébé n’a que quelques jours, il se résume à un amas de cellule, ce sera plus facile pour moi d'avorter maintenant. Aucune réaction du gynéco : pas de pilule abortive proposée (n'en connaissant pas l'existence, je ne l'ai pas demandée). Prochain RV dans 2 semaines.
2ème RV chez le gynéco, BB a 3 semaines et demie. "Félicitations votre bébé va bien" : le gynéco a un sourire radieux. Il est heureux de ma grossesse. Je comprends qu'il n'a pas relu mon dossier, qu'il a oublié ou qu'il ne veut pas admettre que je choisisse d'avorter. Je suis pétrifiée à l'idée de lui redire, c'est tellement dur à assumer, si en plus il faut convaincre les médecins pour qu'ils procèdent à l'intervention!!! Je lui dis vouloir avorter. Il change radicalement de tête : il "n'avait pas envisagé cette solution". Il m'informe qu'il "refuse de prescrire la solution médicamenteuse qui fait trop de mal aux femmes", qu'il "peut m'indiquer un collègue qui me la prescrira", lui, préconise la méthode par aspiration. Je lui explique ma grande détresse et lui témoigne de mon entière confiance, je m'en remets complètement à lui.
Il ne me propose pas d'assistance psychologique, ni ne se préoccupe des formalités "écrites de consentement". D’ailleurs, c’est pour un "curetage" qu’un RV est pris dans 2 semaines dans sa clinique privée. Il me prévient des dépassements d'honoraire.
Je préviens mon copain. Il viendra, il doit juste en parler à son patron auquel il doit demander un jour de congé. Ce dernier lui a rétorqué qu'"il n'avait pas à assumer ses conneries".
Son patron lui explique que si il m'accompagnait, il ne serait pas payé de sa journée et serait suspendu pendant 2 jours. Mon copain si fort habituellement s’est écroulé. Il ne sait pas s’il viendra avec moi. Il me demande de repousser l'avortement pour qu'il tombe pendant ses vacances. Pendant ses vacances, bébé aurait 9 semaines... Je lui explique que je ne peux pas attendre, c'est trop dur de porter cet enfant que j'aime et que je sais destiné à s'arrêter de croître. Il faut que ça s'arrête vite car ma détresse est de plus en plus poignante.
RV à la clinique : BB a 6 semaines. Mon copain était la, il était suspendu de son travail. Plus l'intervention approchait, plus je paniquais. „Je ne suis pas prête, je ne peux pas avorter“. Finalement, je me suis en allée de l'hôpital 1/4h avant l'entrée dans le bloc. Les infirmières m’avaient rattrapée, je leur expliquait mais elles ne comprenaient pas :  elles s'étaient préparées pour un curetage... pas un avortement. Choquées et moi aussi... Les médecins m’avaient dit être "contents" de ma décision et me félicitèrent de garder le bébé. Ils n’avaient rien compris !
Je contacte mon gynéco afin qu'il me donne l'adresse de centres d'assistance aux femmes enceintes. Je dois le rappeler quand j'aurais pris ma décision ferme et définitive, sous quelques jours. Il partait en vacances et m'avait indiqué qu'il aurait un remplaçant qui me prendrait en charge.
Aucun des 2 numéros indiqués par mon gynéco n'est en service. Je suis paniquée, je n'ai personne à qui parler. Je n'ai pas Internet chez moi et il est hors de question que je fasse des recherches au boulot, par peur qu'on ne découvre mon état et ma démarche. De même pour mon copain. Je suis seule, je suis au bout du rouleau. Mes amies ne me comprennent pas, je me replie, je ne vois plus personne. Ma mère n'est pas au courant et je ne veux pas l'impliquer dans cette sale affaire, qui l'ébranlerait également. Bébé à 7 semaines.
Après avoir réfléchi davantage, mais toujours seule avec mon copain, je rappelle le gynéco pour prendre un ultime RV IVG, cette fois je suis prête. Surprise, mon gynéco n’a pas de remplaçant : IL M'A PLANTÉE EN PLEINE PROCÉDURE!!
Bébé a 8 semaines et 1/2. Je l'aime de plus en plus. J'ai pris du poids et j'ai des nausées. La décision de l'IVG est irréversible, je dois trouver un praticien. J'appelle les services gynéco de plusieurs hôpitaux parisiens dont Bichat et la Pitié Salpétrière. Toujours les mêmes réponses, "pas de place madame", "il fallait y penser avant !", "le gynéco est en vacances", "je ne peux vous proposer qu'un RV dans un mois" ...  Que faire..., je suis abattue, personne pour m'avorter,... et le délai légal approche,… et j'aime de plus en plus l'enfant.
En désespoir de cause, je vais voir mon médecin généraliste. Il me demande ce qu'il peut faire pour moi... Ben voyons ! Celle-là on ne me l'avait pas encore faite!!! Aidez-moi à avorter et indiquez-moi où je peux trouver une aide psychologique!!! Mon médecin de famille me rappelle le lendemain. Il a tout organisé. J'avorterai dans 10 jours dans un grand hôpital parisien. Il me conseille de faire une lettre à l'ordre des médecins pour signaler les dérives dont j'ai été victime...
Toujours en détresse psychologique, je consulte une psy qui ne comprend rien, seul rapport d’expertise : je tiens au bébé. J'appelle ma mère et elle me dit, ma fille, ton choix sera le bon, les 2 choix se justifient. Maintenant, puise profond, rêve ta vie future librement : ton épanouissement et ton sentiment de liberté seront-t-ils entachés si tu donnes vie à ce bébé ? La justification à l'intervention était là...
AVORTEMENT : BEBE A 10 semaines (2 mois et demi). Ça fait 2 mois que j’ai conscience de son existence, je n’ai reçu aucune aide psychologique, par manque d’accès à l’information, par négligence des médecins. J’aurais pu avorter 2 mois plus tôt, si quelques membres de la communauté médicale m’y avaient aidée. L'interne de l'hôpital où j'ai avorté m'a FINALEMENT QUALIFIÉE D'IRRESPONSABLE...
Les humiliations et les violences ont été nombreuses. Ma détresse psychologique et financière ont rendu le parcours plus douloureux encore. Mon médecin de famille "pro-avortement" ne propose pas d'assistance psychologique aux femmes envisageant une IVG en urgence. Elevé au féminisme des années 70, il est enclin à penser qu'une IVG est bénigne. Il se trompe dans mon cas. Il m'a détaillé l'intervention a posteriori, "Il y en avait plus que ce qu'il croyait!!!". Quelle horreur… et surtout que de violence à l'égard de la femme.
Je le remercie toutefois du plus profond du coeur de m'avoir prise en charge. Lui aussi a dû faire face à de nombreuses difficultés : difficultés de constituer une équipe d’intervention face au refus du personnel médical de pratiquer des IVG, réticence de l'hôpital à accueillir les femmes souhaitant avorter.
Je lui dois la liberté.  
Une femme qui vit une grossesse non désirée vit le pire moment de sa vie car c’est une situation duale : amour de ce petit homme en conception c/ privation de liberté. Chaque femme fera son choix, selon ses convictions personnelles.
Après une période de soulagement, je tends à être triste et déprimée aujourd'hui : faute à la société française qui culpabilise les femmes qui avortent, au manque de soutien, au manque de sensibilisation de l'entourage sur les problèmes des femmes qui vont ou ont avorté, au manque de prise en charge de nos compagnons hommes qui se réfugient dans le silence ou dans ce qu'ils peuvent ! Faute aux TABOUS !
La femme a un droit sur son corps certes, mais il est de plus en plus difficile de le faire admettre en France. Elle a le droit d'avorter, elle n'a pas le droit d'en souffrir, sous entendu : " Qu'elles la ferment, ça nous fait déjà pas plaisir de procéder à l'intervention!!!! " Voilà comment je ressens tout ça!!! Que le droit reconnaisse aux femmes la liberté de choisir l'IVG certes, maintenant l'État doit veiller à ce que la possibilité d'avorter dans de bonnes conditions "physiques et psychologiques" soit effective ! Ce n'est pas le cas aujourd'hui en France.
D'autres part, les femmes ne doivent pas être considérées comme seules responsables et concernées par la conception. À quand enfin la pilule masculine ?
Je refuse que nous, femmes, ayons a justifier de l'application de nos droits, je refuse que nous nous fassions insulter dans l'exercice de nos droits!

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